Sans papiers au Pérou


Dernier réveil à Mancora. Les vagues sont gigantesques, de vrais vagues de compétitions, dire qu’il y a quelques jours… je pouvais encore les surfer. Maintenant, elles font jusqu’à 8 pieds de haut et le « white water » est tellement immense que je m’inquiète à chaque fois qu’un surfeur s’y plante. C’est la dernière session de surf avant de quitter Mancora.


Je suis triste, c’est aujourd’hui que l’on dit aurevoir au paradis du surf au Pérou. On profite du El Wawa avant de faire nos adieux au copains argentins… Première petite peine d’amour de mon voyage…


En route pour 3 heures de taxi à travers les déserts et les plantantions de cannes à sucre du Nord du Pérou. Arrivée à Piura, l’attente est longue à l’aéroport pour le check-in. Ils font tout à la main ! Oui, oui, ils font tout à la main – un par un… C’est désastreux comme organisation. On est mort de rire !! En avion, nous sommes bien placé en avant. Je nous branche mon iPhone sur le film 50th Firts Dates avec Adam Sandler et Drew Barrymore, le film se passe à Hawaii, donc on est très nostalgique de reconnaitre Oahu et on rit beaucoup… On a du fun et surtout du wisky-cola gratuit…


Arrivée à Lima, nous devons faire un arrêt chez lui, pour que je puisse prendre mon sac de souvenirs des montagnes. J’ai mon gros sac à dos sur les épaules, mon petit sac à dos noir en avant et ma pochette autour de ma taille. Javi a sa planche de surf et son sac sur l’épaule. Il me demande, si on prend un taxi vert ou un autre dehors… On décide d’aller prendre un taxi à l’extérieur, je lui dis que de toute façon, je ne crains rien avec lui, vue qu’il est péruvien. Tous les chauffeurs nous sautent dessus, comme d’habitude… Javi fait un deal et il choisit un véhicule hatchback pour avoir de l’espace pour sa planche de surf. La planche de surf part de l’arrière de la valise et traverse la voiture, jusqu’entre les deux banc en avant. Je suis assise en arrière, côté passager, donc assise derrière Javier. Lui, il est en avant avec le chauffeur de taxi. Nous déposons tout nos trucs en arrière et on embarque.

Il y a toujours du trafic à Lima, même la nuit… Je reconnais la route principale. Javi me dit: « Gen, tu dois barrer ta porte ici… » J’ai encore les réflexes de Mancora, où l’on ne barrait jamais les portes, jamais notre chambre et où on pouvait laisser brancher nos iphones sur le plancher de notre chambre, sans craindre que la femme de chambre ne les volent… Il étire son bras vers derrière et barre ma porte. Nous sommes étrangement très tranquille, le chauffeur chauffe en malade comme tout le monde ici. Et à une lumière de circulation, il y a une femme avec son bébé dans les bras qui nous demande des $$$ et elle me voit… elle reste près de la voiture à demander… Je croise le regard de Javi dans le rétroviseur, la pauvreté parfois c’est lourd… pis tout à coup… BANG !!!

Je reçois tout plein de vitre, je me retourne, je vois mon gros sac à dos bleu sortir de l’auto… je cris et je m’élance pour attraper le petit noir, tout est dedans, je viens juste de me rappeller que par sécurité en sortant de l’aéroport… j’ai mis mon sac de taille dans le mini sac à dos noir. Tout y est là, mon porte-feuille, mon passeport, mon visa, mon iPhone, mon ordi, mes 2 caméras… dans le mini sac à dos que je tenais serré sur sur mon ventre en sortant de l’aéroport … Mais maintenant, il est derrière, dans la valise de taxi… avec le vitre tout éclatée … Une grave erreur, que je ne ferais plus jamais… pis là Javi me retient avec son bras et me dit:  » Gen ne bouge plus, ils sont peut-être armé !!  » Je sens entre mes doigts la ganse de mon sac à dos noir partir… la fenêtre se brise à côté de moi… j’hurle de peur ! Un des gars regarde que je n’ai plus rien sur moi, même sous ma robe… Je leur dis qu’ils ont tout pris… que je n’ai plus rien… les 2 gars s’enfuient en faisant face au trafic en courrant…

Je dis : « Javi, ils m’ont tout pris… il m’ont tout pris…«  Il dit : « Quoi ?«  Moi : «  Je n’ai plus rien Javi, plus de visa, plus d’identitée, plus d’argent, plus rien… et à toi, ils ne t’ont rien pris… » Je suis comme au neutre, je capote, je n’ai plus rien. Tout ce que je possède c’est ma robe, mes sandales de plage aux pieds avec du verre brisé partout sur moi… Une voiture arrête près de nous… J’ai peur, car c’est un gros SUV noir et je pense que l’on vient me kidnapper. Javier me dit que ça n’arrivera pas… et le gars nous dit: « Je suis policier mais je ne suis pas en service sinon j’aurais tirer sur eux… « . Je ne bouge pas… Javi me dit : « Ça va aller Gen… » Je dis : « Javi no puedo salir, no tengo visa, no tengo passeport, no tengo id, no tengo dinero… tengo nada... » Il capote raide… Puta de Madre !!! Il crit au chauffeur qu’il faut attraper une police, le policier dans le SUV coupe une voiture de policier pour nous aider et il donnera sa déposition sur place. Pendant que nous, avec le taxi, on ira au poste faire nos dépositions.

J’arrive là-bas, je fais les cents pas dans le commissariat de police… Javi me regarde inquiet… : « Ça va Gen, ça va aller Gen… » Je fais la déposition en espagnol, je capote raide dans ma tête, c’est comme si j’étais à côté de mon corps et que je me regardais parlé aux policiers, qui font parfois… semblant de ne pas comprendre mon espagnol, ce qui m’enrage… On me demande si j’ai payé mon hostel… : « Non… Non… j’ai une réservation mais rien de plus… je ne suis plus personne Javi… » Chaque fois qu’il me dit le mot hostel… les larmes me montent aux yeux. C’est rare mais cette fois, je n’ai pas payé ma réservation en avance car ils ne l’ont pas demandé. Javier appelle son père, il revient :  » Gen, tu es certaine que tu n’as pas payé, tu avais payé le El Wawa… » Non.. non… il me regarde : « Tu ne veux pas aller à l’hostel ? » Moi désespérée: « Non……. Je ne peux pas !!  » Je marche… je marche… il appelle son père. Javi me dit :”Tu veux venir chez moi ? Tu vas être tranquille et mes parents t’attendent. Demain on fera tout ce qu’il faut pour toi… Ok ?

On remplit le rapport de police, ma déposition, la sienne et celui du chauffeur de taxi qui est en interrogatoire dans une autre salle. C’est n’importe quoi, il utilise encore du papier carbone pour faire des photocopies et je n’arrive pas à ouvrir mon courriel avec mes photocopies de passeports et de cartes… tout est lent… L’internet comme les policiers… Je suis à boutte !! Le policier nous demande: « Est-ce que le taxi parlait au cellulaire ?  » Javi dit oui : » il disait sa position au dispatcher…  » Pis la vlan !!!!!!!!!! On allume… 30 secondes plus tard, la vitre arrière m’éclatait dessus… On s’est fait avoir… On ne pourra jamais le prouver car le chauffeur est en règle. Javier fait aussi sa déposition… nous sommes sous le choc, le policier nous amène sur le bord de la route, avec un autre policier armé de sa mitraillette et nous choisissent un taxi.


Arrivée à San Borja, un quartier résidentiel de Lima, le père de Javi sort en pyjama pour payer le taxi. Il me fait rentrer et il se force pour parler anglais. Javi lui dit : « Papa, elle est canadienne-francaise et elle parle très bien espanol…« . Sa mère sort du lit, elle me regarde, ouvre grand ses bras, me fait un gros colleux et j’éclate en sanglots. Elle me flatte le dos et me demande:  » Tu as faim, tu veux un café ? » Elle finit par nous faire des toasts et son père me sert un verre de cognac. Après quelques essais à téléphoner à l’Ambassade sans succès car il est très tard… Sa mère me donne un savon, une serviette, un tube de pâte à dent et une brosse à dent. Javi me laisse son ordi portable qu’il avait laissé chez lui et il m’installe dans la chambre d’amis sur le toit. C’est magnifique et je me sens en sécurité. J’ai ma propre chambre, un lit double, pas de moustiques, avec des belles grosses oreillers, ma propre salle de bain… J’écris un peu sur le net, envoie des messages à mes amis pour leur dire ce qui m’arrive… Je change mes mots de passes, je bloque tout ce que je peux faire et à 2h30am… Je m’effondre de sommeil… pour me réveiller quelques heures plus tard, à 5h00am par la vision de mon sac a dos bleu qui part dans le noir… je revois la scène au ralentit… J’ai juste hâte que Javier monte en haut me chercher pour le déjeuner… Je suis trop gênée de descendre seule.

L’important, ils ne nous ont rien fait… Javi est d’ici et il dit que ça ne lui avait jamais arrivé mais étrangement hier… on dirait qu’on le sentait… comme si on le savait… il m’a même dit : « …T’as pas remarqué… il me semble que tout le monde regarde notre taxi…  » Le principal, on est sain et sauf, c’est vraiment ça l’important !!

  • J’ai traduit les dialogues, sauf un, la plupart étaient en espagnol, sauf quand moi et Javier voulions nous parler plus secrètement, nous parlions en anglais… car très peu de péruviens le comprennent ou le parle bien.

Voici mon rapport de police en espagnol, j’ai effacé les informations personnelles …

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Un commentaire sur “Sans papiers au Pérou

  1. Ping : Nicaragua sous peu !! | Surfer girl around the world

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